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L’élevage

L’espace élevage est le support privilégié dans l’accompagnement des personnes autistes dans la mesure où cet atelier est la source de nombreuses autres activités qui se déploient dans une chaîne de sens concrète à partir d’opérations élémentaires, simples, auxquelles ils peuvent être facilement associés. Par exemple il s’agira d’aller chercher les œufs dans le poulailler, les apporter à la cuisine et de là faire un gâteau que l’on partagera avec tout le monde pour le dessert. Ou encore il sera nécessaire d’aller récupérer des copeaux de bois à l’atelier menuiserie, de les utiliser pour la litière des animaux qui une fois sales seront mis au fumier. Ultérieurement il servira d’engrais naturel pour l’exploitation agricole. Ainsi se constituent des chaînes de sens, des liens entre les activités et les personnes qui travaillent sur chaque espace. L’élevage inclus une répétitivité dont a besoin la personne autiste. Par contre l’intérêt de cette répétitivité c’est qu’elle a une finalité au lieu de se refermer sur elle-même comme dans le cas de comportements stéréotypés. Au contraire elle permet à la personne d’accéder à la réalité d’une manière qui lui soit supportable et par ce biais accéder à une place sociale. Dans ce rapport à la réalité peuvent également s’expérimenter des degrés d’autonomie et de responsabilité ainsi que des initiatives qui viennent étayer une ouverture identitaire. L’organisation de l’espace élevage en enclos différenciés permet d’introduire des processus de distanciation et d’autonomie tout à fait intéressant.

 

Les tâches liées au nourrissage des animaux sont très variées et sollicitent des compétences très diverses tant physiques que cognitives. Ainsi l’utilisation de la brouette demande de mobiliser sa force physique et son équilibre, transvaser des grains dans un seau demande une maîtrise gestuelle, une attention importante ainsi qu’une appréhension des notions de plein et de vide. Dans le même registre, le remplissage des réservoirs d’eau nécessite de différencier l’ouvert du fermé, de sentir la différence entre une pression de l’eau trop forte ou trop faible. L’utilisation des râteaux et des pelles afin de nettoyer les litières de animaux demande de soutenir un effort dans la durée et permet de travailler à l’ajustement du corps par rapport à un objet qui le prolonge. Un autre aspect très intéressant est relatif au contact direct avec les animaux. En effet les personnes présentant des symptômes autistiques perçoivent souvent les animaux comme des objets animés potentiellement anxiogènes. Là aussi un travail spécifique notamment dans le rapport aux gros animaux (cochons, brebis, oies etc…) est entrepris en vue d’une possible mobilisation adaptée face à leurs émotions souvent incontrôlables afin qu’ils puissent être acteurs à l’endroit où ils subissent leur environnement. Ayant les moyens d’agir à l’endroit où elles se positionnent de manières passives elles acquièrent une maîtrise de leur environnement qui leur permet d’avoir prise sur leurs sensations internes et leurs émotions qui sont souvent perçues comme envahissantes et dangereuses.

Pourquoi réaménager l’espace élevage ?

Depuis 1997 que les Ateliers de Bentenac ont été créé, l’espace élevage est l’un des pôles d’activité principal tant en ce qui concerne la dynamique du site et ses valeurs culinaires que la prise en charge des personnes manifestant des troubles de la personnalité.

Cet espace élevage est l’héritage d’une histoire bien plus ancienne qui a commencé il y a une vingtaine d’année avec la création du lieu d’accueil par M et Mme Costes. Depuis ce temps, les équipements n’ont été que très peu modifiés. C’est d’abord au regard de la vétusté des installations que l’équipe responsable de cette activité désire entreprendre une restructuration et une remise à neuf de leur espace de travail.

Par ailleurs, cette initiative s’inscrit dans un projet plus global d’aménagement de l’ensemble du site lié à l’évolution de l’activité économique et à la nécessité d’accueillir des personnes dans un cadre harmonieux, fonctionnel et qui soit d’avantage à l’image de la qualité du travail éducatif qui s’y pratique.

De plus, chacun des espaces de travail est porté et habité par des personnes différentes, responsables de leur activité et de l’accueil proposé aux personnes accompagnées. Cet état de fait qui a toute sa pertinence dans l’accueil spécifique qui est le nôtre, demande à chaque salarié de s’approprier les espaces relatifs à son activité. En ce sens le réaménagement de l’élevage est l’occasion pour les éducateurs de repenser leur support de travail en lien avec la dynamique générale du site, et plus particulièrement de se donner les moyens d’occuper pleinement leur place en recréant cet espace qu’ils font vivre. Ainsi ils pourront habiter et investir leur espace de travail et proposer un accueil d’autant plus pertinent si l’on se réfère à la nécessité d’avoir un « chez-soi » pour inviter l’autre. De fait l’activité devient le point de gravité de l’éducateur à partir duquel il peut d’une part accueillir l’autre et lui permettre d’autre part de s’approprier partiellement le dispositif sans pour autant que sa place soit menacée.

Les jeunes étant associés aux travaux liés à l’entretien et au réaménagement du site il va de soi également  que cet état de fait participe à la possibilité pour ces jeunes d’apporter leur contribution et de s’approprier leur environnement qui peut alors devenir un « trouvé-créé » qui assurera d’autant plus une fonction « transitionnelle » entre eux et le monde extérieur.